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MixitÉ sociale ?

 

par M. Stéphan de Brabant

Directeur du Collège Notre-Dame de la Paix

 

 

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Le décret mixité sociale et ses nouvelles modalités d’application publiées le 18 juillet 2008 a fait mouche ! A la une des journaux de la presse écrite et audio-visuelle : plus d’image de camping sauvage aux abords de certaines écoles, plus de témoignages de parents transis par le froid. Le calme est revenu, l’image est lisse, digne d’un véritable paradis social. Le décret a donc atteint son seul objectif : « Pas de files devant les écoles ». Cela était en effet politiquement incorrect.

 

Je souhaite aujourd’hui témoigner de la réalité de terrain et partager certaines réflexions. Avec mon équipe, nous sommes en contact quotidien, depuis le début de cette année scolaire, avec des parents complètement déboussolés, en plein désarroi, totalement déresponsabilisés, arbitrairement et sauvagement dépossédés de ce qui constitue, et on s’en félicite, leur premier devoir parental.

 

En effet, pour ces parents, il est prioritaire de choisir une école qui défende leurs propres valeurs éducatives et qui corresponde à leurs exigences pédagogiques particulières. Qui peut mieux que des parents juger du profil d’école qui permettra au mieux l’épanouissement de son enfant ?

 

Il est fondamental d’installer et d’entretenir confiance et dialogue avec l’élève et ses parents. On parlera de « triangle pédagogique ». Celui-ci constitue un facteur-clé de la réussite d’un enfant et un moteur essentiel à la dynamique de sa scolarité. Or, la pratique actuelle d’inscription suscite au contraire une réelle méfiance et engage une relation froide et impersonnelle entre les différents partenaires. L’élève est traité comme un vulgaire numéro, gagnant ou pas ! Comme me le disait un papa au terme de l’inscription de son fils « non prioritaire » … « Souhaitez-moi bonne chance !!! » … On croit rêver !

 

Pour rappel, le décret « Mixité sociale » dans sa version applicable à partir du 1er septembre 2009 a été voté au Parlement de la Communauté française le 18 juillet 2008 en pleine période de démobilisation, aussi bien des parents que des responsables du monde enseignant, mais aussi en pleine tourmente gouvernementale. Dans un climat politique instable, dans une atmosphère politico-économique sombre, cadres et repères clairs auraient été salutaires. Force est de constater que les ministres de l’enseignement en Communauté française se suivent et se succèdent à une allure effrénée empêchant ainsi la mise en place d’une politique globale cohérente, d’une vision rassurante pour les professionnels de l’enseignement.

 

Ce décret, comme le précédent, est un leurre ! La mixité sociale ne se décrète pas. En effet, la dualisation sociale remonte à l’aube des temps. Il suffit de regarder autour de nous pour nous convaincre qu’elle est toujours bien présente … et pas seulement à l’école. Est-ce donc à cette dernière de régler cette problématique ? Non … mais l’école peut assurément contribuer à réduire certains écarts. C’est ce à quoi nous nous employons chaque jour, dans nos écoles, en mobilisant une équipe éducative afin qu’elle puisse mettre en place des initiatives qui privilégient le respect des autres, la tolérance vis-à-vis de la différence, la solidarité, l’aide et le soutien aux plus faibles, l’intégration de tous dans cette microsociété qu’est une institution scolaire.

 

Pour ce faire, nous avons besoin d’une plus grande autonomie locale. Nous avons besoin de confiance du monde politique. Nombreux sont les établissements scolaires qui par le passé ont mis en pratique des structures d’accueil et d’accompagnement pour des élèves plus faibles et plus fragiles. Ces structures ont d’ailleurs parfois été balayées par des réformes pédagogiques, notamment celle du 1er degré.

 

Nous assistons au contraire actuellement à une centralisation excessive des enjeux pédagogiques de terrain par le monde politique. En tant que chef d’établissement, je plaide donc pour davantage d’autonomie tout en reconnaissant qu’il demeure indispensable de procéder systématiquement à des évaluations de performance si l’on veut améliorer peu à peu la qualité de l’enseignement secondaire en Communauté française et ce, pour TOUS nos étudiants, à l’instar de ce qui se passe en Communauté flamande. La mise en place de ces dispositifs de régulation, tout en respectant les principes de liberté d’enseignement et de liberté de choix des familles, rendrait notre système d’enseignement plus efficace et … plus équitable.

 

Un rôle de contrôle, un rôle régulateur, un rôle fédérateur, c’est ce que l’on attend depuis longtemps de la Communauté française. Le décret Mission, le contrat pour l’école, acceptés et reconnus à l’unanimité par le monde de l’enseignement nous ont donné des missions et des objectifs fondateurs.

Cependant, décrets et circulaires viennent à foison dénaturer ces fondements. La politique actuelle de la Communauté française trop exclusivement idéologique vise à centraliser, standardiser, formater l’enseignement alors qu’il me semble essentiel de l’adapter, de l’ouvrir aux initiatives, de le moduler en fonction des facteurs géographiques et socio-économiques qui définissent, en termes d’identité sociale particulière, chaque école.

 

Mon constat final consiste à penser qu’on tue aujourd’hui la créativité et l’esprit d’innovation des équipes éducatives. Or, selon un rapport du Conseil de l’Union Européenne datant du 29 octobre 2008, ses membres s’accordent unanimement sur le fait que : « les établissements scolaires doivent favoriser la créativité et l’esprit d’innovation et d’entreprise des élèves en proposant des environnements de travail stimulants. Pour ce faire, les écoles devraient elles-mêmes être des lieux créatifs et dynamiques, ouverts à la coopération et aux partenariats avec le monde extérieur et développant une culture d’évaluation interne et externe à laquelle les familles seraient également associées, afin d’identifier les domaines susceptibles de changement et d’amélioration. »

 

Diriger un établissement scolaire aujourd’hui, c’est l’inscrire chaque jour davantage dans un cahier des charges qui devient de plus en plus contraignant et qui démobilise jour après jour parents, enseignants et directions. Je constate constamment que de nouvelles charges structurelles musellent à la source toute velléité de mixité sociale par manque de confiance. Il n’existe pas qu’une réalité scolaire. Il en existe autant qu’il y a d’écoles en Communauté française.

 

Erpent, le 22 janvier 2009