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Ouverture, rencontres et valeurs

Nihale El Kadiri nous parle du projet Maroc 2010

 

 

Durant les vacances de Pâques, un groupe d’élèves de cinquième année du Collège a participé au quatrième « projet Maroc ». L’aventure dépasse en fait de loin le séjour à proprement parler : elle comprend une longue période de préparation, des formations, et nécessite également une campagne de récolte de fonds.

Depuis le début, notre Amicale des Anciens a apprécié et soutenu le projet car il constitue une initiative courageuse et originale, et fait vivre concrètement aux jeunes et aux adultes qui y participent plusieurs valeurs centrales dans le projet du Collège, telles l’ouverture à l’autre ici et là-bas, la coopération entre élèves et enseignants, le regard critique sur les évidences, la relecture des expériences vécues, … En outre, plusieurs éléments confèrent au projet une richesse et une crédibilité particulières : le partenariat avec l’Institut Saint-Joseph de Jambes, l’apport de l’Association Asmae, et la présence sur place d’une association marocaine fiable, …

Nous avons demandé à Nihale El Kadiri, responsable du projet au Collège, de revenir pour nous et nos lecteurs sur cette édition 2010.

 

 

Le projet Maroc est décrit comme un voyage « socio-constructif ». Pouvez-vous nous en donner les principaux objectifs ?

 

D’abord, il s’agit de permettre une prise de conscience et une prise de position personnelle dans des problématiques liées aux rapports Nord-Sud telles que le développement, les demandeurs d’asile, l’immigration, le racisme. Ensuite, nous souhaitons donner à nos élèves l’envie de faire des découvertes en ayant moins d’a priori sur les autres cultures, les personnes d’autres origines. Les participants viennent clairement avec le désir d’aider les autres, mais nous ne faisons pas dans l’humanitaire pour autant. Sur le plan général, ils apprennent à rencontrer la différence sans être complètement bouleversés ou choqués, et à être responsabilisés dans une expérience d’engagement à long terme.

 

Comment se passe la phase de préparation du voyage, de formation, de récolte de fonds ?

La formation comprend des week-ends de formation et plusieurs rencontres (pièces de théâtre, spectacles de chants et danses traditionnels, échanges avec des réfugiés politiques, …) dans le cadre du programme fédéral « Annoncer la couleur ». En ce qui concerne la récolte de fonds, nous vendons au cours de l’année différents produits au Collège et à Saint-Joseph (sapins, gaufres, truffes, …) sans oublier le traditionnel souper Maroc qui a eu lieu au Collège en février et l’aide apportée par plusieurs sponsors.

 

Quel est le rôle joué par l’organisation Asmae ?

En Belgique, elle s’occupe de l’animation des week-ends de formation où elle propose plusieurs jeux de rôles ou mises en situation pour permettre aux participants de se familiariser avec des thèmes comme le racisme, les vagues d’immigration, la dettes du tiers-monde, … De plus, elle sert de relais avec l’organisation qui nous accueille sur place.

 

Et quelle est cette organisation locale ?

Il s’agit de l’association Mouvement Twiza, qui a pour but d’améliorer les conditions de vie des populations défavorisées et de promouvoir l’implication des jeunes dans le développement durable du pays. D’une part, elle sélectionne le chantier en faisant des études sur le terrain pour mettre en évidence les besoins d’une communauté (collège, lycée, orphelinat, …) et, d’autre part, elle forme les jeunes et des accompagnateurs à accueillir les Belges et à vivre le chantier avec eux.

 

En quoi le chantier de cette année a-t-il consisté ?

Cette année, il s’agissait d’aménager un espace vert dans un lycée et, à travers cela, de contribuer à sensibiliser la population locale au respect de l’environnement. Le groupe tout entier a retroussé ses manches et a travaillé ensemble sur le chantier durant une bonne partie du séjour.

 

Qu’en est-il de ce qui tourne autour du chantier, de la vie du groupe durant 10 jours, des découvertes culturelles ?

La vie autour du chantier est ce qu’il y a de plus dépaysant et de plus passionnant à vivre. Il y a d’abord la rencontre avec l’autre, où il faut apprendre comment se parler, s’écouter, se faire (vraiment) entendre. Ensuite, on vit une perte de repères dans un quotidien qui peut paraître quelquefois hostile : les sanitaires, les heures passées à attendre, le regard parfois interrogateur ou insistant des habitants. Mais il y a aussi les longues discussions entre deux groupes qui petit à petit n’en forment plus qu’un, la rencontre de lieux propres à cette culture tels que les souks, les hammams, les mosquées, leurs écoles, les villes impériales, les moyens de transports locaux.

 

Avez-vous un souvenir particulièrement marquant de cette édition 2010 ?

Le marché : tous les matins, le groupe « cuisine » partait sur le marché à quelques kilomètres du collège avec ses sacs à dos et la liste des denrées à acheter. Ce furent des matinées de vraies rencontres avec la population marocaine : se saluer, marchander, se sourire, … les achats suivent tout un rituel. Autre souvenir : lors de la journée belge, nous avions caché des petits ballottins avec des œufs de Pâques en chocolat, les Marocains étaient super excités et tellement contents. Ils se sont vraiment pris au jeu.

 

Qu’apporte le partenariat avec l’Institut Saint Joseph ?

Cela fait deux ans que la collaboration a commencé. Le projet est moins bien implanté là-bas mais je pense qu’il faut surtout lui laisser le temps de se faire connaître. En tous cas, c’est très enrichissant de mettre en collaboration des jeunes issus de deux univers scolaires différents avec des profils si variés dans un projet comme celui-ci. C’est une nouvelle facette du projet que je ne voudrais pas perdre.

 

Et au Collège, comment le projet évolue-t-il d’année en année ?

Le projet est de mieux en mieux connu au Collège et nous sommes soutenus dans notre démarche par le corps professoral et la direction. Ce n’est pas négligeable. Chaque année, un groupe d’élèves et de professeurs se lance dans l’aventure sans savoir ce qu’ils vont vivre durant près de neuf mois. Ils reviennent avec des souvenirs et peut-être des frustrations, et puis passent le relais à l’équipe suivante. Les témoignages offrent un aperçu aux autre, mais chacun a ses valeurs, son éducation, sa personnalité. Il y a des similitudes, mais c’est une expérience singulière chaque année. Pour le moment, l’organisation générale est assez bonne, le groupe se forme bien et part en toute sérénité, et j’espère que nous allons continuer comme cela.

 

 

 

 

[Publié le 06/07/2010]