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Des coups de coeur, un esprit qui demeure

Entretien avec le Père de Marneffe

 

Guy de Marneffe est l’un des principaux fondateurs du Collège tel qu’il est aujourd’hui. Professeur de langues anciennes au Collège de Namur, il fut chargé par sa hiérarchie dès la fin des années soixante d’imaginer une nouvelle pédagogie pour l’école qui allait s’ouvrir sur le plateau d’Erpent. Recteur du Collège à son ouverture en 1971, il partit en 1976 pour Charleroi. Retraité comme directeur, il prit des responsabilités à Mons, à la tête de la Communauté locale, tout en s’engageant dans les instances du Collège Saint-Stanislas. En 1996, il quitta la Belgique pour aller vivre quatre ans au Pérou, d’où il revint en l’an 2000. Il habite depuis lors à La Louvière, où il continue d’exercer de nombreuses activités pastorales dans plusieurs paroisses de la localité. C’est à La Louvière que nous l’avons rencontré, afin d’évoquer avec lui sa récente participation au voyage en Grèce avec les rhétos du Collège.

 


Comment vous est venue l’idée de participer à ce voyage avec les élèves de rhétos ?

Je suis toujours resté en contact avec Etienne Frin, et un jour il m’a présenté le programme du voyage. Comme celui-ci comprend les principaux endroits de la Grèce classique, cela m’a intéressé. En effet, bien que je sois philologue classique, je n’avais jamais été en Grèce avant cette année. Alors il m’a proposé de participer au voyage, sans devoir m’occuper de l’encadrement des élèves à proprement parler. J’ai donc profité du voyage organisé par le Collège. Naturellement, je suis revenu sur les genoux, « crevé mort »…

 

La Grèce (ce que vous en avez vu lors du voyage) correspond-elle à ce que vous imaginiez ?

Oui et non. Je ne la pensais que théoriquement. Il faut dire que, durant tout un temps, la Grèce et la culture grecque me sont restées en dehors de l’esprit en raison de mon travail, du Pérou, etc. Donc le voyage m’a replongé dans mes études et mes connaissances d’autrefois, dont certaines étaient relativement estompées. J’ai essayé de vivre le voyage en profondeur, j’ai admiré les paysages magnifiques, la culture, l’architecture, la sculpture. J’ai essayé face à tout cela d’entrer dans la mentalité des Grecs des 5e et 4e siècles av. J-C. Je me suis posé de nombreuses questions sur ce que nous avons reçu de la Grèce, ce qu’il y avait de beau dans la démocratie, même si tout cela a beaucoup évolué. Cela m’a éclairé sur l’héritage de la civilisation classique grecque qui nous est parvenu : l’art, les philosophes, toute cette culture d’il y a vingt-cinq siècles, époque où nous, nous étions dans nos marécages, c’est-à-dire nulle part. Cela m’a fait réfléchir et cela m’a profondément étonné.

Sur l’ensemble des paysages traversés ou des sites visités, avez-vous eu des coups de cœur ?

Oui, la première chose qui m’a frappé, c’était lors de l’arrivée à Athènes. Lorsque j’ai vu l’acropole avec le Parthénon et que je me suis dit « enfin je le vois… » J’ai vraiment ressenti quelque chose. Pas tellement pour les détails du monument, mais simplement le fait de le voir de loin, j’ai trouvé cela extraordinaire. Dans les sites, il y a évidemment Olympie, avec les ruines et toute la beauté du cadre, ainsi que Delphes, tout escarpé sur le flanc du Parnasse. Ce sont les deux sites qui m’ont le plus plu. Pour les temples, celui que je retiens, c’est celui de Bassae, sous tente. Il est très bien conservé et on pouvait vraiment le toucher. Cela m’a fait une impression énorme de toucher ce temple avec la colonnade intacte ou pratiquement. Je pouvais presque y entrer, y goûter, et participer à ce que c’était autrefois. Seconde chose : le cap Sounion, ce qui m’a surtout frappé, ce n’était pas le coucher de soleil en tant que tel, mais le temple. J’étais assis à côté du fût d’une colonne, j’avais ma main dessus et j’ai été ébloui de penser que ce fût avait été taillé il y a vingt-cinq siècles, j’étais ébahi de palper cette colonne (mais comment est-ce  qu’ils ont fait ça ?). Et j’ai pensé à quel point le peuple grec d’aujourd’hui doit être drôlement fier de son passé, et il l’est, c’est certain… Le tombeau d’Agamemnon aussi, car c’est incroyable d’avoir pu construire cela. Pour les paysages, le paysage de montagne à Karytaina m’a semblé vraiment très beau. Et puis, la mer partout, c’est fantastique…

 

Et dans les musées, vous souvenez-vous d’œuvres qui vous ont marqué en particulier ?

Ce que je trouve magnifique, c’est l’Hermès de Praxitèle et la Victoire qui descend du ciel, à Olympie. Ce sont deux statues qui m’ont énormément touché. Une troisième chose, c’est le visage d’Antinoüs ainsi que les trois Thyades, les danseuses au dessus d’un socle au musée de Delphes. Comment est-ce qu’ils ont pu faire ça il y a vingt-cinq siècles ? Je n’en reviens pas. Les frontons aussi, pas dans les détails, mais dans la conception, tout ce qu’ils arrivaient à créer comme équilibre dans ces triangles.

Comment avez-vous perçu l’esprit du voyage, entre les élèves, mais aussi entre ceux-ci et leurs accompagnateurs ?

Au départ, je n’étais pas là pour me « mêler » à eux, car c’était leur voyage de rhétos, entre amis, et puis je ne les connaissais pas et ils ne me connaissaient pas. Vu de la sorte, de l’extérieur, j’ai constaté que dans les visites, certains étaient très intéressés et d’autres pas du tout. Dans les musées, certains allaient tout de suite s’asseoir. Il y a quelque chose de tout à fait inhérent à leur âge, je ne les en blâme pas, mais je constate. Dans les conversations que j’ai eues avec eux, ils ont toujours été gentils, aimables, naturels. Mais j’ai surtout été frappé par la manière dont les accompagnateurs, à la fois avaient le groupe en main, et à la fois étaient très proches des élèves. Il y avait une gentillesse dans le contact entre jeunes et adultes. Au fond, c’est ce type de proximité que je désirais il y a quarante ans quand on a commencé à Erpent. Et d’ailleurs je l’ai dit au groupe réuni lorsque j’ai pris la parole le dernier soir : j’ai l’impression qu’à ce niveau-là, c’est exactement l’esprit qu’on désirait au départ. Le contact est sérieux : les accompagnateurs gèrent admirablement les 140 élèves, mais ils sont très bien acceptés, et ça c’est bien.

De quelle manière avez-vous vécu le moment particulier de la célébration en pleine nature avec le Père Gilson ?

J’aurais fait la même chose que lui. Avant le voyage, Michel m’avait proposé de concélébrer, mais je ne l’ai pas souhaité, n’étant pas assez en profonde symbiose avec le groupe. J’ai vraiment apprécié ce moment : c’est une des vraies manières actuelles de célébrer l’eucharistie avec des jeunes. Il faut toujours s’adapter, et Michel le réussit très bien.

Et, de façon très anecdotique, comment avez-vous vécu le voyage retour ?

Au moment où se posèrent les problèmes d’avions, j’étais à l’ambassade avec Jean Vanhay et Etienne Frin car j’avais perdu mes papiers. Vraiment, durant le séjour comme lors de ce long voyage de retour, les accompagnateurs ont toujours été très attentifs à moi, ils m’ont beaucoup aidé et je les en remercie. Pour les avions, je ne me suis pas du tout affolé parce que les autocaristes et les accompagnateurs ont assez vite trouvé une solution. Les élèves étaient heureux comme tout de louper deux jours au Collège – ils avaient bien raison d’ailleurs. Et alors… j’ai été tellement content de voir Venise depuis la mer ! C’était vraiment un coup de cœur. Il est vrai que le retour fut très fatiguant, mais il a été très bien géré par les accompagnateurs, avec l’aide des chauffeurs.

 

 

Propos recueillis par François Marinx

[Publié le 06-07-2010]

Photos : M. Halloy