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Lunch des anciens professeurs

par Jean-Marie Gillet

 

Une « réunion d’anciens », de cette expression monte une petite odeur de naphtaline aux narines de ceux qui ne sont pas encore des anciens.  Ils s’imaginent d’austères vieillards rassemblés pour évoquer leurs heures de gloire. 

 

Quand on est un ancien, on voit les choses tout autrement.  Quand sonne la retraite après quelques dizaines d’années passées au collège, on se rend compte soudain que l’on va connaître, certes bien des joies nouvelles, mais aussi  une petite mort sociale.  Tous ces gens que l’on a vus tous les jours de notre existence professionnelle vont disparaître de notre horizon et sur la douceur de nos jours de pensionnés coule une certaine amertume.  Tous ceux que l’on interpellait  comme « collègues et néanmoins amis » pour reprendre une expression de notre époque coulée dans le bronze on ne les reverra sans doute plus.

 

« Non, on devrait se revoir ! »  clame-t-on à l’envi. On pourrait le crier en vain jusqu’à ce que vienne le dernier de nos jours, mais, heureusement, il y a parmi nous des gens dynamiques qui ne se contentent pas d’espérer sans agir, mais qui agissent et organisent ces réunions d’anciens tant attendues. Nous devons cette joie renouvelée tous les ans à notre ami Etienne Frin efficacement aidé par Pierre de Baenst et toute sa batterie d’ordinateurs. 

 

Tous les ans, le 11 novembre, on retrouve « son collège ».  Il ne s’agit pas des murs, des bancs et des tableaux noirs (qui sont d’ailleurs verts), mais des gens qui le faisaient vivre quand on y était et je peux vous assurer que c’est un moment de bonheur.

 

Il y a toujours quelques surprises, car le temps cruel a marqué certains.  Il y a  ceux qui ont des rides,  des bedaines, et tant d’autres choses parfois plus encombrantes.  On en voit d’autres sur lesquels le temps n’a aucune prise, de vrais scandales biologiques que l’on regarde avec envie.  Il y a aussi sur quelques mètres carrés une exceptionnelle concentration de jésuites, phénomène rare à notre époque.

 

Cette année, cinquante-cinq anciens avaient répondu à l’invitation d’Etienne et se retrouvaient au restaurant « Les Tanneurs ».   Cela est devenu une tradition. Dix nouveaux nous avaient rejoints.  Récemment, ils  sont passés, comme nous jadis, du statut de vieux profs à celui de jeunes pensionnés.

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Le premier temps de la réunion  est appelé « l’apéritif ».  On parlote, on va de l’un à l’autre, le verre à la main et faisant la nique  au virus AH1N1 on s’embrasse abondamment. Puis au moment de passer à table, Etienne prend la parole.  Il évoque d’abord le souvenir de ceux qui sont décédés depuis la précédente réunion : Raymond Debaty, professeur de math et André Decker, professeur de langues, deux personnalités qui ont fort marqué le collège et ont brillé dans leurs domaines pendant de nombreuses années.  Ensuite, Etienne salue la présence de Jean Pierre Marinx, fidèle représentant auprès des anciens de ceux qui sont encore en activité au collège.  Il termine par ce souhait : «  A ce collège que nous aimons et que nous n’oublions pas, nous souhaitons, malgré la tempête des réformes ineptes, bon vent et qu’il continue d’accrocher son espoir à une étoile. »

 

Mais encore, me direz-vous, qu’avez-vous mangé ? Ah oui, le menu !  Le repas était excellent, mais c’est bien secondaire.  Après les zakouskis, il y eut des ravioles de perdreaux aux graines de sésame avec une crème fine Champagne, des dos de sandre de Meuse avec caviar d’aubergine et pour terminer une crêpe « Comédie française » avec quenelle de glace à la vanille.  Avouez-le : cette gogaille avait de la classe !

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[Publié le 19 décembre 2009]