Login Password

Contexte socio-historique de la rÉgion rwanda-burundi

par Tite Mutemangando sj

 

Le Burundi et le Rwanda sont composés de groupes humains qui ont vécu des temps de diversification, et des temps de compénétration. Ils ont au moins ceci de particulier c'est que les deux pays ont une même culture de base, une même langue, une même vie sociale, une même vie économique faite d'élevage et d'agriculture, de pêche et de chasse.

Politiquement, le Burundi s'était doté d'une certaine unité d'organisation autour d'un Roi, un Mwami, tout comme le Rwanda s'était doté d'une organisation analogue, autour d'un autre Mwami; cette diversification politique a entraîné des particularités non essentielles dans la langue (le Kirundi et le Kinyarwanda sont deux langues bantoues très voisines: on se comprend sans difficulté), dans les expressions culturelles (le Burundi a ses tambours, le Rwanda ses danses), dans les relations entre familles, clans et régions; l'organisation sociale est semblable des deux côtés de la frontière: il y a des agriculteurs et il y a des éleveurs, et il y a aussi des potiers (c'est la spécialité d'une composante ethnique, les Twa, apparentée aux pygmées); et, comme la terre n'est pas grande, il y a des rivalités de propriété ou d'usage des terres, ainsi que des coutumes réglant tant bien que mal ce genre de rivalités "vitales".

Il est trop facile d'employer l'adjectif tutsi pour désigner les éleveurs, et hutu pour les agriculteurs, et de ne pas parler des Twas. La réalité, ce sont tous ces hommes, toutes ces femmes, tous ces enfants, qui luttent pour la vie sur un sol trop petit pour y puiser toute la nourriture voulue; ce sont deux nations qui se sont organisées tant bien que mal, en ne maîtrisant pas tous les paramètres de leur croissance numérique, et de leur entrée dans la civilisation de l'école, de la ville, de l'Etat dit démocratique; ce sont ces peuples qui ont écouté des missionnaires chrétiens et qui sont devenus disciples de Jésus- Christ, de façon rapide et massive: les catholiques sont tout à fait majoritaires dans les deux pays; les confessions protestantes ont beaucoup de membres; il y a des musulmans en raison des contacts très anciens avec la côté du Pacifique; et il existe toujours un certain nombre de familles qui restent attachées à des racines religieuses dites traditionnelles.

Et les violences? Les deux pays ont une histoire remplie de violences: il n'est pas possible de rappeler ici les "chaînes" de violences du dernier demi-siècle. Mais il est utile de rappeler les bouleversements des années 1993 et 1994 au Burundi et au Rwanda, avec leurs cortèges de souffrances, et d'aspirations vers la paix.

Au Burundi, tout un travail d'évolution vers un gouvernement issu d'élections populaires avait été accompli; un Président, Melchior Ndadaye, avait été élu en 1993, porteur des aspirations de la partie de la population qui n'était pas au pouvoir au cours des années antérieures. Il fut assassiné; et cet acte provoqua aussitôt des massacres, perpétrés surtout par les partisans du Président assassiné contre les partisans de l'ancienne force politique. Des centaines de milliers de personnes partirent chercher refuge en Tanzanie, mais aussi au Congo et au Rwanda; une guerre civile s'installa dans tout le pays [qui allait perdurer pendant plus de 15 ans].

Au Rwanda, une guerre avait éclaté en 1990 entre des exilés de longue date qui voulaient rentrer au pays, et le pouvoir en place. Des médiations, des compromis, des projets avaient été travaillés laborieusement. Mais en 1994, le Président Juvénal Habyarimana a été assassiné: l'avion qui le ramenait d'une réunion en Tanzanie a été abattu peu avant l'atterrissage à Kigali. Il s'en suivit un raz de marée de violences, un génocide.

Et l'avenir ? La Région Rwanda Burundi continue à marcher sur les chemins qui se sont peu à peu tracés. Le "Projet apostolique" de Région contient toujours la phrase suivante: "dans le contexte actuel de notre Région, l'apostolat de réconciliation comme lutte contre l'ethnisme doit être la forme particulière de notre unique mission d'annoncer l'Évangile qui exige la justice en dialogue avec notre culture". Le Père Peter Hans Kolvenbach, Supérieur Général des jésuites, après avoir visité la Région en 2001 écrivait: "je vous invite instamment à être des artisans de paix dans votre Région, des personnes qui cultivent la paix; vous pouvez œuvrer à cette construction de la paix et de la justice dans tous vos apostolats."

 

Article issu de la revue "Tubane", n°101

Reproduit avec l'autorisation de l'éditeur

 

[retour]