le rÉcit d'une expÉrience
par Alexandra Boogers (Onze Lieve Vrouwecollege, Anvers)
Le 15 juillet 2009, j’ai pris l’avion de Zaventem à Bujumbura avec deux autres jeunes Belges pour une expérience qui aura un grand impact sur ma vie future. Il est difficile de raconter avec des mots ce voyage. L’atmosphère, l’odeur, les couleurs… La seule manière de le comprendre vraiment, c’est d’y aller. Pourtant, je vais faire de mon mieux pour mettre des mots sur cette expérience.

L’objectif principal du voyage était de participer au Congrès mondial des anciens élèves des collèges jésuites. Pour la première fois, cette manifestation qui a lieu tous les 6 ans, était organisée en Afrique et c’est le Lycée du Saint-Esprit à Bujumbura qui l’accueillait. Préalablement, une semaine d’expériments était organisée pour les jeunes. Dans l’esprit de leur éducation ignacienne, une vingtaine de jeunes venus du monde entier ont eu l’occasion de participer à des projets.
Les activités étaient organisées dans quatre endroits : deux à Bujmubra, un à Cyangugu (Rwanda), et un à Bukavu (RD Congo). Mon projet était le FVS (Familles pour vaincre le SIDA) à Bujumbura. Ce centre de transit s’occupe d’une trentaine d’enfants (parfois même 50 aux moments les plus ‘chargés’). Trois types d’enfants y sont pris en charge : des orphelins, des enfants séropositifs et des enfants nécessitant des soins médicaux spécifiques. La famille (ou ce qu’il en reste) des enfants orphelins est recherchée et contactée. Si plus aucun proche ne peut être trouvé, une famille d’accueil est sélectionnée.

Notre tâche était à la fois simple et très compliquée : vivre avec et comme les enfants. Nous avons partagé leurs activités quotidiennes comme le tri des haricots et du riz. Le contact avec les enfants n’était pas toujours facile : ils n’étaient que peu nombreux à parler le français. Mais à force de créativité, on arrive toujours à se faire comprendre. Les enfants tenaient à partager avec nous leur repas. Ils pétrissent la pâte de maïs avec leur main droite pour en faire une boulette qui est ensuite trempée dans une sauce à base de haricots et de chou blanc. Ce n’est pas mauvais du tout, mais de là à manger cette préparation chaque jour, comme le font les enfants… Si l’on s’arrête un instant pour confronter la réalité quotidienne au FVS à notre hyperconsommation, et que l’on envisage le rapport à l’argent que nous avons en Occident, il y a de quoi avoir la tête qui tourne.
Le thème du congrès était : « Pour une meilleure Afrique : qu’avons-nous fait ? que faisons-nous ? que devons-nous faire ? » Le matin, des conférences étaient organisées pour nous informer de la situation en Afrique. Nous avons donc pu prendre du recul par rapport à l’expérience vécue au FVS. L’après-midi était réservée à la réflexion en petits groupes sur le contenu des présentations et les actions qui peuvent être entreprises. Nous avons également reçu un illustre visiteur : le Père Adolfo Nicolás sj, supérieur général des Jésuites. J’ai été frappé par la manière chaleureuse avec laquelle il s’adresse à tout le monde. Il prit le temps de venir nous rencontrer en particulier (les jeunes) pour entendre nos récits des expériments.

Ce dont je me souviendrai le plus, ce sont les participants et les contacts qu’il y a eu entre eux. En premier lieu, il y a la population locale et sa culture totalement différente. La rencontre avec elle fut extrêmement enrichissante. Ensuite, il y a ces personnes de différents pays que j’ai eu l’occasion de rencontrer. Il régnait une atmosphère vraiment détendue. Tout le monde parlait avec tout le monde, il n’y avait aucune barrière. Quand j’ai dû parler devant toute l’assistance, Bernard Thompson, président en fonction de l’Union Mondiale des anciens élèves des collèges jésuites, est venu près de mois quelques minutes avant ma présentation. Il m’a rassurée et m’a dit que je ne devais pas être impressionnée de parler devant « tous ces gens ». Ce geste simple fut pour moi très spécial.
Être ancien d’un collège jésuite, ce n’est pas uniquement recevoir un diplôme. C’est toute une éducation qu’on reçoit et dont on est porteur pour le restant de notre vie. Être ancien, c’est avoir le droit (c’est plus un droit qu’un devoir) de participer aux projets ignaciens. Prenons l’exemple de l’AJAN (African Jesuit Aids Network). Chaque apport personnel est apprécié, qu’il soit financier, logistique ou en allant travailler sur place… Lors du congrès, chacun a eu l’occasion d’apporter sa contribution, en interpellant ou interrogeant directement les orateurs, ou en réagissant aux idées proposées lors des séances de travail.

Durant le séjour, je suis allée quatre fois à la messe en deux semaines. Je n’étais pas habituée à une telle fréquence dans les célébrations. Et pourtant j’ai chaque fois profité de ce moment de prière. « Nous sommes tous des frères et sœurs ». « We’re all brothers and sisters ». Ces phrases, je les ai entendues de nombreuses fois au Burundi, et elles ont pris pour moi une signification très claire. J’ai particulièrement apprécié la fraternité que j’ai constatée parmi les enfants du FVS et le contact entre les membres de l’Union Mondiale.
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